Le livre culte des jurassiens d'antan

L'épopée des fiers résistants comtois contre l'envahisseur français au 17ème siècle.

Tous les habitants de Menétrux et un très grand nombre de jurassiens ont du lire un jour ce roman populaire "à l'eau de rose" de Xavier de Montépin: "Le médecin des pauvres" qui se déroule justement dans la région des lacs, et met en scène notamment le fameux capitaine Lacuzon et ses frères d'armes: le colonel Varroz, le curé Marquis, le trompette Garbas, ainsi que d'autres personnages sympathiques : Magui la sorcière, Tristan et Raoul de Champ-d'Hivers ou ignobles : Lespinassou, Limassou, Brunet, Antide de Montaigu...Il raconte à sa manière très romancée, la guerre féroce que se sont livrés les "maquisards" Cuanais ( Les Comtois) et les Français : soldats du Roi , aidé par les Bressans et les Gris du Bugey ainsi que par des troupes étrangères au comportement particulièrement cruel : Les Suédois et les Allemands du duc Bernard de Saxe-Weimar ..photo ci-dessous.Bernhart de Saxe-Weimar( longtemps après la guerre, les jurassiens disaient encore: "Mauvais comme  Weimar !"

 Ce livre-culte a enchanté des générations de jurassiens et moi-même, j'ai dévoré  ce livre et je l'ai relu de nombreuses fois avec plaisir au fil des années avec  chaque fois une approche différente au fur et à mesure de la progression de mes  connaissances historiques; (de 15 ans à 50 ans, on ne voit pas les choses tout  à fait de la même manière, je viens de le relire encore avec grand plaisir au  mois d'août 2002 ! Et pourtant, il faut bien le dire, Xavier de Montépin n'a certes jamais eu le talent d'un Alexandre Dumas, son contemporain; de nos jours on appellerait ça avec un peu de mépris, des romans de gare.

Cependant reconnaissons que de Montépin ne manquait pas de  talent, il savait nous captiver à travers l'épopée de ses nombreux  personnages; il dosait  savamment avec beaucoup de  brio,  des rebondissements, des bagarres, de belles descriptions de paysages souvent bucoliques, des personnages attachants ou ignobles, le tout sur une couche de fond  historique. Le  rythme soutenu du récit nous rappelle que nous avons bien affaire à la technique bien rôdée d'un feuilletoniste.

Un livre construit sur le plagiat !

Si Xavier de Montépin s'est librement inspiré de l'histoire du capitaine Lacuzon pour écrire un roman populaire à mille lieux de la vérité historique., il a surtout puisé sans vergogne dans un roman historique, " Le Diamant de la Vouivre", écrit vingt ans plus tôt par un avocat républicain, Louis Jousserandot, qui était alors en exil politique à Evian. Cela fit scandale et il y'eut un procès que Jousserandot perdit car de Montépin était beaucoup plus célèbre et plus riche que son adversaire. Une chose est certaine, c'est que lui et son livre sont retombés dans les profondeurs de l'oubli.

De Montépin n'hésite pas à faire référence à Jousserandot et même à faire des louanges dans son livre : au chapitre XI, en décrivant la ville de St-Claude, il écrit :...nous ne croyons ne pouvoir mieux faire qu'en reproduisant textuellement ce qu'écrivait au sujet de la petite cité historique, un littérateur distingué ( auquel nous faisons de nombreux emprunts (sic) M. Louis Josserandot ( resic) dans le "Diamant de la Vouivre;, un de ses remarquables ouvrages sur la Franche-Comté au XVIIe siècle;

Voici un tableau comparatif établi par un néerlandais, M. Jan Kuijper d'Amsterdam qui a fait un parallèle entre les noms des personnages des 2 romans; la similitude est absolument frappante et ne peut que renforcer la certitude du plagiat éhonté. Ce document est tiré d'un excellent site ( en néerlandais) de M. Bernard Sietses : http://www.sietsesvandam.nl/krantenstrip1956doktervandearmen/   J'incite néanmoins fortement mes visiteurs qui ne maîtrisent pas plus que moi cette langue, d'y aller faire une visite approfondie; ils auront le choc et la joie de découvrir "Le Médecin des pauvres " en bande dessinée. ( elle a paru en 1956-1957 dans le grand quotidien national des Pays-Bas :"Trouw") dans une version quasi intégrale; le tout agrémenté de photos prises par M. Sietses dans le Jura sur les lieux de l'action.

Le Diamant de la Vouivre (1843)

Le Médecin des Pauvres (1862)

La Cuzon                                   

Lacuzon

Arthur de Binans

Tristan de Champ d'Hivers

Albéric de Binans

Raoul de Champ d'Hivers

Pierrette Marcelin

Magui

Jérôme Marcelin 

Marcel Clément

Jacques Prost 

Pierre Prost

Pâquerette

Eglantine

les Fâcheux = les Gris 

les Gris

la châtelaine de Beauregard       

Odette de Vaubécourt

Mère Loupy   

Mère Fint

Pierre (Loupy)     

Nicolas (Fint)

La grotte du Val   

Trou des Gangônes

La Jeunesse                

Garbas

Pille-Muguet   

Pied-de-Fer

Frère Etienne   

Frère Malo

pourquoi ce titre ?

Claude Prost dit LacusonPierre Prost, habitant Longchaumois est surnommé le "médecin des pauvres" car il soigne les malheureux paysans de son village gratuitement, mais paradoxalement, le vrai héros du livre ce n'est pas lui mais le capitaine Lacuzon, son neveu.

Le prétendu portrait de Lacuzon ( photo ci-contre) qui illustre la couverture du livre de Robert Fonville est très certainement un faux; les historiens un tant soit peu sérieux, disent qu'ils imaginent mal Lacuzon se faire tirer le portrait dans une période si troublée et dans une région dévastée par la guerre. Par ailleurs, le costume ne colle pas du tout avec l'époque du capitaine; il est affublé d'une "fraise" analogue à ce qui se portait sous Henri IV or on est déjà bien loin de cette époque puisque le bon roi Henri est mort en 1610 et ce type de col était passé de mode depuis bien longtemps. En fait, on ne connaît hélas aucun portrait authentique du héros comtois.

Et la vérité historique dans tout cela ?

Ce livre a tordu le cou à la vérité historique, la majorité des habitants de la région l'avaient lu et faute de références historiques suffisantes, croyaient dur comme fer à la véracité historique des faits racontés et il en étaient très fiers. Prenons quelques exemples de ces croyances locales qui hélas ne résistent pas à l'analyse implacable de l'Histoire avec un grand "H".

"Le capitaine Lacuzon avait son quartier général et vivait avec ses hommes dans une grotte dénommée dans le livre: "le trou des Gangônes" c'est à dire la grotte du grand Cellier appelée aujourd'hui: Grotte Lacuzon, près des cascades du Hérisson" Faux ! 

Xavier de Montépin imagina que c'était là le quartier général de Lacuzon et qu'il y'avait une autre salle au-dessus de celle qui existe actuellement ainsi que des prolongements de la caverne, permettant de gagner le plateau par des passages secrets.

En fait d'après les historiens, il y'a peu de chances que Lacuzon ait séjourné dans des grottes, c'était bien trop inconfortable pour lui; c'était plutôt le lot des malheureux  villageois qui tentaient d'échapper à tout prix aux exactions des français et de leurs féroces alliés bressans ou suédois. ( grottes de Revigny ...) Concernant la grotte du Grand Cellier, on sait  que dans cette vaste cavité, les Chartreux de l'abbaye de Bonlieu entreposèrent leurs marchandises en 1639, il est probable que les habitants de Menétrux et des alentours s'y réfugièrent également. .- Aujourd'hui de nombreuses grottes du Jura portent le nom ou font référence au passage de Lacuzon. - Voir sur le sujet des grottes et des légendes un site excellent, très passionnant et très bien documenté du Jura Spéléo du regretté Jean-Claude Frachon (qui nous a hélas quitté le 27 octobre 2005). Voir la page consacrée à Lacuzon : http://www.juraspeleo.fr

Désiré Monnier: "Le quartier général de Lacuzon était situé au château de Saint-Laurent la Roche à 9 km au sud-ouest de Lons-le-Saunier au cœur de la Petite Montagne, il séjourna longtemps également à Montaigu; il combattit les Français et remporta l'avantage à St-Laurent la Roche, Coldre, Montaigu, Montmorot, Courlaoux, Maynal, Cuiseau, Arlay...c'est-à-dire plutôt dans le bas Jura et la Bresse.Il y sema la terreur parmi les contrées sous domination Française.

Pendant longtemps, plus d'un siècle après sa mort, les villageois de la Bresse répétèrent dans leurs litanies du soir et du matin: "de Lacuzon, délivrez-nous, Seigneur !"

"Le Capitaine Lacuzon s'est emparé par surprise du château de l'Aigle tenu par l'affreux traître Antide de Montaigu et l'a brûlé " Faux !

En réalité, l'histoire est bien plus simple que cela; en 1668, Antide de Montaigu, baron de Vaudrey ( ce personnage clé du roman a vraiment existé ) rendit la place aux Français sans se défendre.( Rousset).  Le vrai traître historique s'appelait en fait Marc de Montaigu, seigneur de Boutavant, ennemi juré de Lacuson et vendu aux français. Son château se trouvait à Gevingey et non à la Chaux-du-Dombief ; il avait alors qu'il était gouverneur de Lons-le-Saunier livré la ville à l'ennemi contre une somme d'argent. ( R. Fonville)

Le château de l'Aigle et le Bec de l'Aigle ( montage photo) Le château du Bec-de l'Aigle situé à la Chaux-du-Dombief, a bel et bien existé; comme tous les autres châteaux de la Comté il fut démantelé sur ordre de Louis XIV qui ordonna au châtelain: M. Claude-Antoine du Tartre de le détruire. Ce fut chose faite à partir de 1684, aujourd'hui il ne reste aucune trace visible; il est probable que les pierres du château ont servi à construire la plupart des maisons de la Chaux. ( photo du Bec de l'Aigle Stéphane Vercez-Montage photo Roland Le Corff ) -Des fouilles ont été effectuées par Jean-Luc Mordefroid, conservateur du musée d'archéologie
de Lons-le-Saunier.

Cette demande de destruction avait été réclamée au Roi par les Chartreux de l'abbaye de Bonlieu qui depuis l'origine avaient toujours été en perpétuelle bagarre avec les seigneurs de l'Aigle.( d'après A. Rousset)

Le colonel Varroz, un des fidèles compagnons de Lacuzon ?  probablement vrai ! 

Quelques autres personnages cités dans le livre de X. de Montépin sont peut-être historiques: Varroz : autre héros de légende de la résistance Comtoise en ferait partie, cependant il n'est jamais cité dans le livre de R. Fonville; il semble que son histoire se soit transmise par la tradition orale: "Le capitaine Varroz, de St-Christophe, aurait bien été le compagnon d'arme de Lacuson en 1674. Lacuson lui même aurait séjourné d'après la tradition populaire avec sa troupe dans la fameuse grotte appelée la Baume à Varroz" (Pour ce qui est de cette dernière affirmation, il y'a peu de chance que ce soit vrai (voir le paragraphe sur la grotte Lacuzon)

Le colonel Varroz meurt lors du siège de la grotte du Hérisson ? Faux !

Dans le livre, le colonel Varroz meurt suite à l'assaut des soldats français contre la caverne des Gangônes aux cascades du hérisson, grièvement blessé, il soutient le siège pour permettre à Lacuzon de s'échapper; Varroz meurt enseveli sous les rochers après l'explosion de la grotte déclenchée par Lacuzon.

La baume à Varroz

Comme on le voit, de multiples versions de ce personnage existent, de même pour l'orthographe de son nom,, écrit de toutes les manières possibles : Varroz, Varoz, Varrod, Varod, Varaux, de Varaux...à noter que même son grade est variable : tantôt capitaine, tantôt colonel et sa mort n'est pas non plus des plus claires: mort de faim, tué par les soldats français lors de l'assaut de la grotte ???

Version de Désiré Monnier  : "On vante aussi le courage du capitaine Varroz, son contemporain ( en parlant de Lacuzon), dont le nom est resté à une caverne( celle qui est  voisine du pont de la Pile), parce qu'elle lui servit de dernier retranchement. L'ennemi ( les troupes Françaises) lui criait d'en bas : "Rends-toi, Varroz !" et lui ne manquait pas de répondre :" Non, de par tous les diables!" La tradition de ce fait est encore si présente, que l'on se rappelle même le ton nasillard avec lequel il prononçait ces paroles.Il était originaire d'Orgelet ou des environs de cette ville."

Version d'Alphonse Rousset : "On remarque à la Tour du May le pont de la Pile sur l'Ain, construction très hardie, le défilé qui y conduit, la grotte dite la Baume à Varod et la Baume de la Thomassette. Ce village est la patrie de Jean Varod, de St-Christophe, appelé le colonel Gaucher, qui s'illustra par sa valeur au service de Philippe II, roi d'Espagne, et de ses successeurs, et de l'intrépide chef de partisans, Antoine Varod, qui rendit son nom célèbre pendant les guerres de 1668 à 1674 "- Question : Antoine était-il le fils de Jean  ?? Il semble que certains auteurs anciens  fassent la confusion entre les deux.

Version de Jean-Marie Léquinio:  "Cette retraite est appelée la Baume (c'est le nom qu'on donne dans le pays aux cavernes des montagnes) la Baume de M. de Varaux. C'était un particulier qui, pour se soustraire à la persécution dans l'avant dernier siècle, se retira dans cette caverne, osa s'y barricader, et sut y vivre un temps assez considérable, après lequel cependant il fut découvert ou trahi, attaqué, enfin, immolé aux intérêts politiques du moment.

Enfin pour terminer, voici ce que raconte le Guide du Jura : "La création du barrage, qui a englouti l'ancienne route en fond de vallée, a également submergé la Baume à Varoz, une grotte importante s'ouvrant par une vallée étroite à partir des bords de l'Ain, dans laquelle le capitaine Varoz  (ou Varod ) de la Tour-du-Meix, chef des partisans comtois en lutte contre les troupes françaises de Louis XIV, se laissa mourrir de faim plutôt que de se rendre."

Le curé Marquis , compagnon d'armes de Lacuzon ?a probablement existé !

Il a même une rue à son nom à Saint-Lupicin près de Saint-Claude , il n'est cependant jamais cité dans le livre de R. Fonville.  Voici ce que la tradition en dit:  " La paix de Wesphalie (1648) en mettant fin à la guerre de Trente ans interrompt l'activité militaire de Lacuson. Elle reprend quand Louis XIV entre en Comté (1668). Le vieux combattant trouve un émule dans Marquis, curé de Saint-Lupicin qui mobilise ses paroissiens et guerroie à leur tête. Il célèbre la messe, ses deux pistolets posés sur l'autel, explique au prône les exercices qu'il fait ensuite exécuter sur la place de l'église" ( cité dans Guide vert Michelin)-Nulle trace pour le moment dans mes documents sur la manière dont a fini ce curé de choc.

Dans le livre, le curé Marquis est l'autre fidèle lieutenant de Lacuzon; il manie aussi bien l'épée que le goupillon, il porte une soutane rouge pour que le sang de ses blessures ne se remarque pas; ses hommes le croient ainsi protégé de la mort. Il est cependant blessé à mort lors de l'assaut du château de l'Aigle et son corps est inhumé en secret au Champ Sarrasin non loin du Saut-Girard.

Lespinassou et Brunet , chefs des Gris ? vrai en partie !

Voilà bien les personnages les plus monstrueux du livre ! Ils ont hélas existé mais n'ont pas fini leur vie comme cela est raconté.  Les Gris étaient originaires du Bugey ( région sud du Jura, française depuis 1601) et combattaient férocement contre les Cuanais , diminutif de Séquanais, c'est-à-dire les comtois. Ils étaient appelés Gris à cause de la couleur de leur uniforme et avaient pour chefs Lespinassou et Brunet qui n'avaient de l'homme que la figure et du lion la férocité. "Il est dit que Lespinassou, capitaine des Gris, mettait tout à feu et à sang et que lorsqu'il trouvait des femmes ayant des anneaux aux mains, il coupait les doigts où ils étaient insérés et qu'il en remplissait ses poches."( Désiré Monnier), c'était un véritable bandit dont la seule ambition était le pillage.

Ces 2 individus totalement sadiques et ceux qui combattaient à leurs côté n'auraient eu aucune leçon à apprendre des barbares nazis du type SS qui sévirent plus de 300 ans plus tard sur les mêmes lieux et commirent les pires atrocités ( souvenons nous notamment de Dortan, village martyre)

La mort des 2 affreux dans le livre : A St-Claude, Lespinassou se bat dans un furieux au corps à corps contre Lacuzon et au moment où ce dernier va succomber, Raoul de Champ-d'Hivers, futur compagnon du capitaine comtois,  le trucide d'un coup d'épée; quant à Brunet , devant franchir le Hérisson sur un tronc de sapin, Magui la sorcière dissimulée juste à côté le fait basculer dans le vide juste au moment où il passe. Pour mémoire citons aussi le non moins affreux Limassou, bras droit de Lespinassou qui finira tué d'un coup de pistolet par son complice Francatripa au cours d'une partie de dés dont l'enjeu est la belle Églantine de Mirebel..

En réalité :Lespinassou de son vrai nom : Etienne Maire, était espinasseur de profession ( Grâce au site de D. Chatry " http://www.vieuxmetiers.org/ , j'ai enfin appris (le 30 octobre 2005) en quoi consistait cette énigmatique profession : un espinasseur, c'était un tailleur de pierre spécialisé dans la taille de petits pavés d'environ 5cm de coté. 

Lespinassou fut pendu le 13 décembre 1694 à la suite d'un banal vol de fromage, de bris de prison et parce que il était marqué au fer rouge de la fleur de lys sur l'épaule droite donc déjà condamné dans le passé. L'exécution eut lieu sur la place publique de Lons-le-Saunier où son cadavre resta exposé pendant dix heures- (RF)  

Quant à Anthoine Brunet d'Oyonnax, sieur de Péron; surnommé par ses partisans, "le brave capitaine Brunet", il était noble et capitaine du corps-franc d'Échallon; il mourut en réalité en novembre 1639, âgé d'une quarantaine d'années près de la combe d'Evuaz, sur les bords de la rivière "La Semine"; ( voir le plan) il fut pris à revers dans une embuscade tendue par les Boucherands ( partisans comtois de la région des Bouchoux dont le chef était "La Suche") et fut touché d'une balle dans la hanche qui le fit chuter de cheval. Le capitaine blessé fut emporté par ses hommes jusqu'à Montanges chez son beau-père nommé Mermet et il y mourut 8 jours plus tard. Tout cela est relaté par le notaire Genolin dans la chronique de Champfromier ( voir toute l'histoire de la famille Brunet relatée par Cédric Mottier dans les annales de l'Ain 2005 et sur son site personnel : http://nobilitas-quid-est.com/mes_publications_noblesse_lignages.html  

Pour en savoir plus sur l'histoire de Brunet : Entre mythe et réalité historique ou histoire d'un mythe :

" Gris contre Cuanais (1634-1644) : le brave capitaine Brunet, une histoire retrouvée ", dans Bulletin annuel des Amis du Vieux Saint-Claude n°30 (2007), Saint-Claude, 2007, pp. 18-23. http://vieux-saint-claude.net/publications/bulletin-histoire-saint-claude/63-30-pelerinages-au-moyen-age-haut-jura

" Messire Claude-Anthoine Brunet (1641-1719), de Montréal-la-Cluse, curé de Challonges, Léaz puis Thoiry, ou l'exercice de la parenté par delà le temps ... et la mort ! "

Lacuzon fit prisonnier le cardinal de Richelieu en personne ?Faux évidemment !

Là , Xavier de Montépin a vraiment frappé très fort dans sa révision délirante de l'histoire de France ! Cardinal de Richelieu  Dans sa préface du livre de Robert Fonville sur Lacuson,le Président Edgar Faure écrivait :" Cette singulière figure (Lacuson) a déjà suscité une abondante littérature, depuis Xavier de Montépin qui a écrit un roman "Le Médecin des Pauvres", où un Lacuzon méconnaissable, fait prisonnier le Cardinal de Richelieu, jusqu'à Victor Hugo, qui avait rêvé de faire du capitaine comtois le héros d'un récit à la Walter Scott ( auteur d'Ivanhoé), sans oublier de nombreux historiens régionalistes"   Ci-contre : portrait du cardinal de Richelieu :

Du granit dans le Jura !? Où ça ?

Xavier de Montépin décrit la grotte de Lacuzon à plusieurs reprises en citant le granit dont elle est constituée."Une sourde mais puissante détonation retentit. Le bloc de granit se souleva comme une feuille sèche fouettée par le vent...l'explosion en déplaçant le bloc de granit ...avait mis à découvert l'issue depuis longtemps fermée et l'escalier construit jadis par les Sarrasins..." Géologiquement, le Jura est composé comme chacun sait par du calcaire formé à l'ère secondaire: le fameux jurassique ( début il y'a environ 200 millions d'années) exception de la montagne de la Serre au nord-est de Dole,beaucoup plus ancienne et composée en partie de granit.-Vous l'aurez compris, de Montépin a utilisé une figure de style...le granit , avouez que ça sonne quand même mieux dans le texte que le calcaire du jurassique moyen !

En conclusion

Je ne suis pas pas historien ni critique littéraire, seulement un amateur curieux, ce qui me permet par avance  de me faire pardonner toutes les erreurs historiques qui auraient pu se glisser dans ces pages consacrées à Xavier de Montépin et à son roman :" Le médecin des pauvres" A travers les aventures de Lacuzon, revues par de Montépin comme celles d'un héros plein de panache, d'audace et de vaillance, comparable à Ivanhoé,  Zorro ou  Robin des bois, Cyrano de Bergerac, le Capitaine Fracasse, Fanfan la Tulipe ... ce livre me permet d'essayer de démêler le vrai du faux, du moins faux ou de l'à-peu près vrai. Le grand mérite de Xavier de Montépin est d'avoir suscité en moi ( et en beaucoup d'autres personnes comme moi, d'origine Franc-Comtoise ) la passion pour ce personnage historique injustement méconnu, qui a joué un rôle-clé pendant toute la durée de cette  lutte inégale et désespérée des comtois pour préserver leur indépendance et leur liberté.

Les adaptations :

Des adaptations de ce roman furent faites pour le théâtre mais demeurèrent cantonnées sur un plan très local : une pièce fut montée dans les années 50 à Foncine le Bas ( témoignage de M. Claude Amanton)

A ma connaissance et ce grâce à des témoignages d'internautes dont Christian Collec, j'ai eu la confirmation que France 3 Dijon avait réalisé une fiction sur l'histoire du capitaine Lacuzon dans les années 74 ou 75 au cours de l'hiver. Il avait été tourné notamment dans la région de l'Abbaye en Grandvaux, dans le Jura.

La production du téléfilm avait fait appel aux habitants du village : c'est la famille Mermet de Grande Rivière qui a accueilli l'équipe de tournage dans leur ferme de l'Abbaye en Grandvaux pour la séquence de la rencontre de Lacuzon et de ses troupes dans une taverne. C'est la même famille Mermet qui a mis à disposition deux traineaux et deux chevaux d'attelage pour la séquence de l'attaque du convoi d'or du Roi qui a été tournée dans la forêt de la Chaux en plein hiver. La  production avait embauché d'autres membres de la famille comme figurants pendant 4 jours, pour mener chevaux et traineaux, parmi eux, Christian Collec à qui je dois ce récit.  Des cavaliers de l'école de cavalerie de Lons le Saunier participèrent également au tournage des scènes équestres... Les "acteurs occasionnels"  eurent ensuite le plaisir de voir le film sur France 3 un soir à 20h30. Je ne l'ai hélas jamais vu.

On aimerait énormément retrouver ce film dans les archives de l'I.N.A mais pour l'instant il reste introuvable.

Signalons aussi une adaptation du Médecin des pauvres en bande dessinée avec des textes et des dessins de Damien Cabiron chez Titom éditions: il se compose de 2 tomes : tome 1 : "Le masque noir", tome 2 : "Le capitaine Lacuzon".

Pour ceux que ça intéresse : Titom éditions – 72, chemin du quart d’amont – 39570 L’ÉTOILE – Tél. 03 84 43 00 36 – editions.titom@wanadoo.fr

Une telle histoire mériterait sans doute une adaptation plus grandiose et plus riche de moyens : des personnages forts, des affreux, des traîtres, des méchants, une histoire d'amour, des paysages, de l'action, de la bagarre, du fantastique..le tout dans un contexte historique fort. - Cette histoire, on pourrait aussi en faire un jeu vidéo dans la droite ligne de l'Heroic Fantasy. C'est un cocktail d'aventures foisonnant, rajoutez-y nos beaux paysages du Jura, nos somptueuses cascades du Hérisson..par contre pour les châteaux, ils ne nous ont pas laissé grand-chose debout les sbires de Richelieu et de Louis XIV, il faudra tourner ailleurs...

Bien entendu, un sacré dépoussiérage s'imposerait, les personnages sont un peu "niaiseux" comme disent nos amis québécois; quelques dialogues et certaines situations un peu "gnangnan" et "cucu la praline" seraient à revoir complètement. A cette époque, on avait la larme à l'oeil facile y compris chez les hommes.

Messieurs les scénaristes, à vos plumes !

Notes :

Xavier Aymon, comte de Montépin : Né à Apremont en Haute-Saône en 1823, mort à Paris en 1902 : écrivain français,   auteur de romans- feuilletons et de drames populaires; il publie en 1862 les épisodes d'un nouveau feuilleton Edition 1955 "Le Médecin des pauvres" qui connaît un immense succès.- Il s'illustra dans le feuilleton et il est notamment l'auteur de l'un des best-sellers du 19ème siècle : "La porteuse de pain" paru en 1889 qui a été adaptée successivement au théâtre, au cinéma et à la télévision. - Autres oeuvres majeures: "Les chevaliers du lansquenet" 1847; "Les viveurs d'autrefois" 1848; "Brelan de dames" 1850; 1855 " Les Filles de plâtre" ( qui fit scandale et lui valut une condamnation) et un nombre considérable de romans dont il tira des pièces de théâtre.( voir la liste de ses principaux ouvrages)

 Robert Fonville : 1955, Lacuson, héros de l'indépendance franc-comtoise, aux éditions Marque-Maillard - 13, rue Lecourbe, 39000 Lons-le-Saunier

Louis Lautrey : "Vie du capitaine La Cuson". Paris 1913; Né le 24 juillet 1864 à Cousance (Jura)  - tué pendant la guerre de 1914-1918, le le 31 mars 1915 au lieu-dit "Le bois Le Prêtre" à Montauville (Meurthe et Moselle)

Désiré Monnier :"Manuscrit " et "Les jurassiens recommandables" Lons-le-Saunier 1828   

Alphonse Rousset : " Département du Jura /Géographie et dictionnaire des communes" 1863; "Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté"...Département du Jura , 6 vol. Besançon, Lons-le-Saunier, 1853-1858.

Jean-Marie Lequinio (de Kerblay) : "Le voyage pittoresque et physico-économique dans le Jura" 1801-Le breton Jean-Marie Lequinio, agent forestier dans le Jura après avoir été député montagnard en l'an IX ('1800), a rassemblé une documentation statistique importante et des observations de tous ordres. Il fut sensible dans une sorte de préromantisme à la beauté des paysages jurassiens.( Cité dans le Guide du Jura)

Louis Jousserandot : "Le diamant de la Vouivre" vers 1842 (à ne pas confondre avec "La vouivre" de Marcel Aymé) -  De la démocratie républicaine – In: Revue de la Réforme judiciaire. – Paris. - 1886.

 Baume ou  balme : En patois  Franc-Comtois: une grotte.

La Tour- du- Meix est située à l'est d'Orgelet, tout près du lac artificiel de Vouglans, le pont de la Pile  dont il est question a été remplacé par un ouvrage en béton de 351 m de long, large de 9 m reposant sur 3 piles de 74 m de hauteur en partie immergées; à noter qu'on écrit aujourd'hui "May",Meix et "Pile",Pyle.

"Le guide du Jura "nouvelle édition de 1990 : Pierre Gresser, Claude Mercier, André Robert, Michel Vernus -La Manufacture, 24, place des Vosges -75003 Paris

"Le Guide vert Michelin" Guide de tourisme : Jura, Franche-Comté -édition 1985

Merci à Jean-François Gandy pour ses renseignements

Cédric Mottier : " Les Brunet d'Oyonnax-Marchon-Arbent" 1537-1746 , annales de la Société d'émulation de l'Ain 2005, 7 rue Migonney- 01000 Bourg-en-Bresse , voir la page de son site consacrée au "brave capitaine Brunet" : http://nobilitas-quid-est.com/mes_publications_noblesse_lignages.html

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Principaux ouvrages de Xavier de Montépin

La porteuse de pain -Les chevaliers du lansquenet- Le fiacre n°13 - Les filles du saltimbanque -Les filles de plâtre - Le médecin des pauvres-Brelan de dames -

 Son altesse l'amour .Le prince Totor - Le vitriol  - Soeur Suzanne - La perle du Palais-Royal - 

Confessions d'un bohême - L'agent de police -  Une fleur aux enchères - Les viveurs d'autrefois - La sirène -Le parc aux biches - Confessions d'un bohême - La traite des blanches - Les pantins de Madame Le Diable -

La voyante : Blanche Vaubaron. Le dernier des Courtenay - Mamzelle Mélie - Les débuts d'une étoile - Le testament rouge

Mignonne - Marâtre : la fille du fou - Le mariage de Lascars - Les pirates de la Seine - La chasse aux médailles - La fée des saules - Le gros lot - Le pendu : (roman dramatique) - Un fils de famille - La Syrène.

Le Roman feuilleton

 "Le roman-feuilleton doit son existence au développement de la presse au XIXème siècle et en particulier de l'intention

commerciale de patrons de presse qui veulent s'attirer un public nombreux et fidèle.

Ainsi nommé parce qu'il paraît en épisodes à suivre au bas du journal, le roman-feuilleton est d'abord du roman historique

ou du roman de moeurs. C'est le développement du livre populaire qui petit à petit au XXème siècle va rendre désuet

ce mode de lecture Parmi les grands du roman-feuilleton, on peut citer Balzac, George Sand, mais surtout Eugène Sue (Les Mystères de Paris, 1842-1843), Alexandre Dumas (Le Comte de Monte-Cristo, 1844), Paul Féval (Les Mystères de Londres, Ponson du Terrail (Rocambole), Xavier Montépin (La Porteuse de pain), Zévaco (Pardailhan), Émile Gaboriau, Gaston Leroux, Maurice Leblanc,Gustave Lerouge...

Si le roman historique se taille la part du lion, la veine sentimentale (Delly), le criminel et le policier se développeront jusqu'au premier tiers du XXème siècle. " extrait d'un site web  consacré à ce sujet.

Remerciements à : Cédric Mottier, Christian Collec pour leur témoignage.

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   © Roland Le Corff page créée le 15/12/2002 - version du 13/07/2013