(préface du livre de Robert Fonville paru en 1955 : Lacuson, héros de l'indépendance Franc-Comtoise au XVIIème siècle)

L'histoire de la Franche-Comté est peu connue : aussi bien s'agit-il d'une des dernières provinces agrégées à la France, et dont la vie, pendant des siècles, fut plus ou moins confondue avec l'activité d'autres pays, des pays ennemis, tels l'Autriche et l'Espagne.

A plus forte raison, la "petite histoire" comtoise est-elle restée quasi secrète, explorée seulement par une lignée, d'ailleurs très remarquable, d'érudits qui depuis plus de 150 ans, ont dépouillé des archives d'une grande richesse.

Quelques uns, dominent cette "petite histoire", et parmi ceux-ci, louée des uns, honnie des autres, se détache la figure de Claude Prost, bourgeois de Saint-Claude, plus connu sous le nom de Lacuson, capitaine du roi d'Espagne, guerrier belliqueux et gouverneur avisé, dont la légende populaire a fait le symbole de l'indépendance de notre province.

Cette singulière figure a déjà suscité une abondante littérature, depuis Xavier de Montépin qui a écrit un roman "Le Médecin des Pauvres" où un Lacuson méconnaissable fait prisonnier le Cardinal de Richelieu, jusqu'à Victor Hugo, qui avait rêvé de faire du capitaine comtois le héros d'un récit à la Walter Scott, sans oublier de nombreux historiens régionalistes.

Le livre qu'a écrit M. Fonville retrace la vie du capitaine Lacuson, non selon sa légende, mais d'après les documents historiques. Le plus grand nombre de ces documents a déjà été exploité. D'autres sont inédits, et proviennent des archives de la famille de M. Fonville, qui compte le héros de son livre au nombre de ses lointains aïeux.

Il appartenait d'utiliser cette documentation à cet authentique franc-comtois, conseiller maître à la Cour des comptes, dont la famille maternelle est la seule qui ait su résister aux princes de Wurtmberg, alors que ceux-ci introduisaient la Réforme au pays de Montbéliard, et dont la famille paternelle, issue de la région lédonienne, était alliée à nombre de personnages marquants de l'histoire de notre province, parmi lesquels on peut compter le Président Boivin, un Claude Balland de la Bretennière, conseiller auditeur à la Chambre des comptes de Dole, l'érudit Désiré Monnier, qui anima si longtemps l'Annuaire du Jura, André Jobin, avocat et maire de Lons-le-Saunier au début du siècle dernier.

Si plusieurs auteurs ont déjà traité l'histoire de Lacuson, il revient à M. Fonville le mérite particulier d'avoir précisé par un patient travail certains points de la vie de son héros, et d'avoir placé son étude dans le cadre plus général de l'évolution de la Franche-Comté.

La vie de Lacuson est un véritable roman, roman de cape et d'épée qui laisse aller l'imagination du lecteur dans ces longues chevauchées nocturnes et ses descentes fulgurantes dans la plaine pour y surprendre l'ennemi. Roman de la fidélité à la Patrie aussi.

Si 1636 est l'année du Cid ou de la prise de Corbie, c'est aussi pour les Comtois celle du fameux siège de Dole, où Lacuson mène son premier combat, sans s'apercevoir que ce combat est déjà désespéré. Car tout au long de sa carrière, il soutiendra avec obstination la lutte des causes perdues, où les meilleurs amis vous abandonnent les uns après les autres, jusqu'à la solitude mortelle de l'exil, lutte contre le cours inexorable de l'histoire pour le maintien de la Comté sous la tutelle défaillante de l'Espagne, alors que tout orientait cette province, de culture et de langue françaises, vers le royaume des Lys.

L'année de son premier grand succès, qui le voit nommer gouverneur, pour le roi d'Espagne, du château de Montaigu, est une année de désastre pour l'arrogant et déplorable Philippe IV. C'est en effet en 1640 que Louis XIII s'empare de l'Artois et du Roussillon, que le Portugal se détache de l'Espagne, que s'allume la révolte en Catalogne. C'est bien de ce temps là que date le commencement de l'effondrement.

-1643 : Lacuson vient d'être nommé gouverneur du château de Saint-Laurent-la-Roche, qu'il a pris d'assaut; et c'est la bataille de Rocroi.

-1668 : Lacuson organise une défense impossible et l'Espagne est écrasée.

-1674 : Lacuson s'obstine. Dernier défenseur d'un des derniers bastions, il entend les derniers coups de canon sonner le glas des libertés comtoises et de la grandeur ibérique.

-1681 : Lacuson meurt en exil, alors que la France dans toute sa splendeur, affirme sa force en annexant Strasbourg et son indépendance spirituelle en proclamant les libertés gallicanes. 

Source : Edition de 1980

Robert Fonville : 1955, "Lacuson, héros de l'indépendance franc-comtoise", aux éditions Marque-Maillard - 13, rue Lecourbe, 39000 Lons-le-Saunier    

 

© Roland Le Corff page créée le 26/09/2002 - version du 24/05/2018