Linteaux, pierres sculptées et pierres de cheminée

Les maisons de village très anciennes sont plutôt rares dans le Jura, du fait des dévastations des guerres de conquête françaises, qui ont dévasté la Franche-Comté entre 1636 et 1674. Aussi, il est agréable de voir ces vénérables maisons de Menétrux-en-Joux, témoins d'un modeste mais attachant patrimoine rural, avec leurs linteaux datant probablement de la Renaissance ( période s'étendant de la fin du 14ème siècle au début du 17ème siècle)

 Qu’est-ce qu’un linteau ?        

Terme d’architecture : un linteau est une traverse horizontale de bois, de pierre, de métal, constituant la partie supérieure d’une ouverture et supportant la maçonnerie. Ils reposent sur les jambages : parties verticales de l’encadrement.

 

Les linteaux de pierre taillée étaient autrefois partout présents sur les vieilles maisons jurassiennes, ils donnent une idée sur la personnalité du propriétaire des lieux, son nom, la date de construction, sa fortune ( un beau linteau sculpté indique une certaine aisance)-Ci-dessous, linteau Renaissance avec écusson au dessin formé de 4 lobes ( rappelant un peu la forme du trèfle à 4 feuilles ) (cliquer pour agrandir)

On voit encore sur certaines maisons plus récentes ( vers 1750 et après)  des linteaux simples, sans écusson, avec la date de construction, et souvent les initiales du propriétaire, une croix figure parfois au milieu ainsi qu'une inscription d'inspiration religieuse .

AVGR - Dieu soit bény -1759 peut-on lire par exemple sur ce linteau situé sur la grosse maison située sur la place de Menétrux, face à la chapelle ( c’était l’un des anciens cafés de Menétrux.)

 

(cliquer pour agrandir)

Les linteaux comme le montre la photo de gauche, sont souvent surmontés d’une imposte   ( cadre vitré fixe situé au-dessus de la porte pour donner un peu plus de lumière dans la cuisine  : " l'houtau des comtois")

Sur le linteau, on peut voir une croix, symbole de la profonde foi chrétienne des gens de cette époque, suivie des initiales des prénoms et du nom du propriétaire et de la date de construction de la maison : Il s’agit ici de celle de Claude François LAMY, un des principaux propriétaires de la Fruitière.

L'inscription est libellée comme suit : + .C.F 1798  LAMY             

Un patrimoine méconnu mais parfois mutilé :

Le village de Menétrux-en-Joux compte quelques vieilles demeures de l'époque Renaissance ( vers le milieu du 16ème siécle ce qui peut laisser présager un âge de  450 ans , leurs murs sont toujours très très épais, parfois 1 mètre. L'une de ces maisons, proche de la chapelle présente encore au-dessus de la porte de grange un magnifique blason de pierre représentant une croix de Saint-André, surmontée d'un coeur avec en dessous un cor de chasse et une date: 1549.

(Cliquer pour agrandir)

Nicolas Vernot, un passionné d'héraldique le décrit comme suit :" un sautoir, au briquet couché brochant en abîme, le tout accompagné en chef d'un coeur et en pointe d'un cor. Il ne s'agit donc pas de deux épées comme on pourrait le croire mais d'un sautoir, ou croix de saint André"

Une question se pose néanmoins, comment expliquer la présence d'un tel blason sur une modeste demeure de paysan? Nicolas Vernot pense : "Il semble qu'il s'agisse d'une pierre en réemploi, qui a été encastrée au dessus de la porte d'une grange plus récente." L'explication semble pour ma part fort plausible. Cette pierre provient sans doute de la démolition d'une demeure appartenant à un noble.

Croix de Saint-André Bourguignonne

Sur le site franc-comtois Cancoillotte, on peut lire un paragraphe consacrée à la croix de Saint-André : "La « croix bourgougnotte de sainct André » fut autrefois un symbole cher au cœur des Comtois : affectant la forme d’un X, elle est ainsi dénommée car elle aurait servi à la crucifixion de l’apôtre. De couleur rouge, elle fait partie de l’emblématique des ducs de Bourgogne depuis Jean Sans Peur (1371-1419) qui en fait le signe de ralliement de ses partisans face à la croix blanche droite que portent les hommes du comte d’Armagnac. Lorsque Charles le Téméraire trouve la mort devant Nancy en 1477, la croix de saint André devient « le signe de ralliement de ceux qui demeurèrent fidèles à l’orpheline », sa fille Marie de Bourgogne."

En terme d'héraldique ( science des armoiries et des blasons) le cor de chasse est appelé : "huchet"; Peut-être ici, le cor de chasse avait-il un rapport avec le métier de l’hôte de ces lieux  ou avec une famille noble ? Le huchet apparaît sur les armes des princes d'Orange. voir ci-dessous le blason de Lons-le-Saunier et sa signification historique. Dans tous les cas, je lance un appel aux héraldistes pour me dire ce que signifie ce blason et à quelle famille il appartenait.

En effet, ce huchet ressemble en tous points, hormis la position inversée, à celui figurant sur les armes de la ville de Lons-le-Saunier ci-dessous à droite tiré de l'excellent site web de la ville : http://www.ville-lons-le-saunier.fr  que je vous invite à visiter. 

Déchiffrage du blason : Le blason de Lons-le-Saunier résume à lui seul neuf siècles d'histoire de la ville. Ses attributs font de Lons une authentique cité comtoise : les armes de la famille de Chalon (1ère partie, en haut à gauche, de gueule à la bande d'or) jouxtent celles de la principauté d'Orange (2ème partie en haut à droite, d'or au huchet contourné d'azur). L'activité salifère apparaît avec l'arrondi d'argent, attribué au 16ème siècle, et qui évoque la pureté du sel jurassien. Enfin, les lions de Franche-Comté supportent l'écu, surmonté de la couronne comtale et orné de la croix de guerre 1939-45.

Les résidents de cette maison y voyaient une explication plus simple: ils pensaient que Garbas, le trompette du capitaine Lacuzon ( dans le livre de Xavier de Montépin: Le médecin des pauvres) avait habité cette demeure d'où le fameux cor de chasse; bien entendu cela ne tient pas car si le blason date de 1549, Lacuzon lui se battait contre les français entre 1636 et 1674.voir la page consacrée à Lacuzon et au livre de Xavier de Montépin .Il est même probable que ce Garbas n'ait jamais existé que dans l'imagination de l'auteur..

Ces linteaux un peu semblables à ceux des manoirs et châteaux,  étaient assez nombreux jusque à la fin des années 60, puis ils sont devenus une mode pour les restaurateurs de vieilles demeures ( souvent étrangers d'ailleurs ); une véritable chasse aux vieilles pierres menée par des gens peu scrupuleux à contribué au pillage de ce patrimoine villageois.( photos de gauche)

Pour une somme souvent ridicule ( quelques billets de 100 F parfois soit 15 € de nos jours ), quelques vieux linteaux ont disparu de Menétrux comme de tous les autres village, remplacés par de forts laids coffrages de béton (Quel gâchis ! ) mais fort heureusement, il en reste une majorité.

Dans une région où l'argent est rare et difficile à gagner, bravo à ceux  qui ont su résister à ces offres.

Espérons que ceux qui ont eu la sagesse de les conserver résisteront aux sirènes des détrousseurs de patrimoine, chaque pierre qui s’en va, c’est un petit bout d’histoire, un morceau de nos racines qui est détruit à jamais.

Ci-contre : Linteau en forme d'accolade probablement de l’époque Renaissance , avec un écusson ( ici on ne voit aucun dessin ni  ni inscription ) , cette forme était assez courante sur les plus anciennes maisons. (cliquer pour agrandir)

D’autres linteaux existent, ceux qui sont au-dessus des fenêtres ou ceux qui  soutiennent les immenses cheminées où l’on peut se tenir debout  : dans le cas des  cheminées, il faudrait peut-être mieux parler de manteau.

La cheminée se trouve dans l'"houteau " c'est-à-dire la cuisine des Comtois, pièce où l'on pénètre en premier,  derrière se trouve le "poêle" servant de chambre ( en général pour les parents) et  parfois de salle à manger  pour les repas exceptionnels.On l'appelait ainsi parce qu'il  y'avait un poêle pour chauffer la pièce.

Têtes sculptées

Sur l'une de ces vieilles maisons de Menétrux, celle-là même dont le linteau en accolade  figure sur la photo au-dessus, on peut voir cette tête de pierre blanche au regard  énimagtique,  enchassée dans  le mur de  la façade.

Elle est très bizarre avec ses oreilles  rondes, ses yeux  ronds et vides,  sa bouche qui semble ouverte et ses poils de barbe; elle  semble coiffée d'un  casque. On la  croirait tout  droit sortie de l'antiquité ou d'une trés vieille civilisation disparue.

De quelle époque date-t-elle ? Pourquoi et à quelle époque  a-t-elle-été placée là? Mystère ! Je compte sur les nombreux érudits et les spécialistes de l'histoire ancienne qui ne vont pas manquer de visiter cette remarquable page pour m'éclairer. 

On la voit ici dans son contexte sur la façade à gauche du portail de grange.

cliquer sur les 2 photos pour les agrandir)

Vous aimez ces vieilles pierres qui nous parlent ! Un site Internet est consacré aux linteaux, allez vite découvrir le site de Marcel Marie MONNIER :

Il est très riche et intéressant ! http://www.linteaux-de-france.com/  Site perso: http://www.linteaux-de-france.com/saintpierre/  

  Vous aurez plaisir à venir sur ce site si :

** vous aimez les objets architecturaux avec des noms
** si vous avez envie de savoir si votre nom a déjà été mentionné sur un linteau
** si vous souhaitez savoir si de tels objets existent dans une commune que vous connaissez.
** si vous souhaitez étudier ces objets
** si vous souhaitez faire des sorties, rallyes ou autre à leur rencontre mais aussi à la rencontre des habitants
** si vous êtes curieux d'architecture et de tout ce que nos ancêtres nous ont légué.

L’auteur compte aussi sur vous pour enrichir cette base. Mes plus vifs remerciements à Nicolas Vernot, Marcel-Marie Monnier, le site Cancoillotte et un amical salut aux habitants de de Menétrux-en-Joux.

© Roland Le Corff  création 30/06/2002  -révision du 13/03/2011